Que devient la forma­tion conti­nue pour adultes dans le nouveau duché d’Aqui­taine ?

logogreta_c_q Repris de  nos camarades d’ENSEMBLE! de la Vienne : http://reve86.org/que-devient-la-formation-continue-pour-adultes-dans-le-nouveau-duche-daquitaine/

Éléments d’un puzzle

La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). Les candidats sont à 68% des femmes qui travaillent dans les secteurs de l’aide à la personne (Éducatrice Spécialisée, Petite Enfance, Monitrice Éducatrice). 60% des candidat-es ont plus de 40 ans et 72% sont en emploi

La VAE est décevante au vue des résultats escomptés à son origine. C’est une démarche qui n’est ni facile ni rapide (une moyenne de 18 mois entre la demande de VAE et l’entretien avec le jury)

La VAE souffre d’une complexité croissante de son financement, notamment auprès du FONGECIF (Fonds de Gestion des Congés Individuels de Formation, financement par les des congés de formation des salarié-es).

Du côté des candidat-es il y a souvent incompréhension entre la nature d’un diplôme (le BTS avant tout) qui recoupe des champs de compétences variés et les années d’expériences professionnelles mais dans des domaines plus spécialisés que le diplôme.

La solution essentielle trouvée par l’État va être de proposer des VAE partielles s’appuyant sur un « porte feuille de compétences ». Retenez bien cette phrase.

Le GRETA (GRoupement d’ETAblissement) s’occupe de la formation continue des adultes au sein de l’Éducation Nationale. Son financement est essentiellement public (75%), les ¾ par les collectivités territoriales, essentiellement sur les formations du bâtiments et du bois (28%) puis vient la formation générale (14%) et la métallurgie (12%).

70% des formations du GRETA jusqu’à présent étaient orientées par la Région Poitou Charentes vers des stages de « compétences de base » à savoir être autonome pour, par exemple, pouvoir remplir son inscription à pôle emploi (la formation des chômeurs et chômeuses est géré prioritairement par Pôle Emploi), savoir se déplacer, se repérer dans le temps et l’espace…

Le nouveau duché d’Aquitaine n’a absolument rien décidé pour l’instant (juillet 2016) et n’a pas pris contact avec les GRETA mais on sait que le nouveau duché d’Aquitaine privilégiait l’employabilité au niveau de ses GRETA. On peut donc craindre que le nouveau duché d’Aquitaine reprenne cela, ce qui éloignerait encore plus les laissé-es pour compte (« Que fait l’état pour moi? »). Cette hypothèse n’est pas à écarter quand on voit l’absence totale de financement par la Région des sorties scolaires ou du permis pour les apprenti-es comme la réduction drastique des financements des livres scolaires. Mais n’était-ce pas là le but de la loi NOTRe quand on sait qu’elle est structurée pour éloigner encore plus les institutions du contrôle citoyen ?

Quelques remarques :

La réforme de l’État par la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) a notamment créé les grandes Régions comme le nouveau duché d’Aquitaine. Comme dans les autres domaines, cette réforme sans débat public s’est effectuée à la hussarde, sans réflexion préalable. Dans le domaine des GRETA cela abouti à l’absence totale de lien avec la nouvelle assemblée régionale alors que c’est le principal financeur.

La loi Travail El Khomri se met déjà en place dans le domaine de la formation publique continue pour adultes. Ainsi la VAE qui devait aboutir à l’obtention d’un diplôme grâce aux acquis de l’expérience va évoluer vers des VAE partielles autrement dit la validation d’un « porte feuille de compétences ». On peut penser que cela aura dans un premier temps les faveurs des salarié-es comme c’est le cas actuellement pour, c’est un exemple, certaines épreuves du bac (notamment en langue vivante) où chaque étudiant-es est évalué-e sur des compétences qui toutes aboutissent à une certification creuse mais où tout individu se trouve valorisé par des notes positives. On valorise d’autant plus l’individu qu’on dévalorise ses savoirs.

Derrière la loi Travail il y a le dynamitage de la certification par le diplôme.  Jusqu’à présent – c’est un acquis du syndicalisme – le diplôme était reconnu par les conventions collectives et, comme pour les statuts, étaient un élément essentiel déclencheur de droits collectifs : quel salaire, combien de jours de congés, quelles indemnités de licenciements, etc. Si les conventions collectives (puis les statuts) sont évacuées par les accords d’entreprise, le diplôme n’a plus lieu d’être. L’idée même d’un certification identique à tou-tes les diplômé-es n’est plus reconnue par le monde du travail. Ce qui est privilégié c’est le « porte feuille de compétences », une sorte de livret ouvrier d’avant guerre où chaque demandeur et demandeuse d’emploi fera valoir des « compétences » qui lui seront strictement individuelles : telles « compétences » en math et telle autres en anglais etc. L’avantage pour l’employeur c’est l’absence d’obligation de donner des droits imposés par la loi ou la convention collective. Pour le/la salarié-e c’est aussi l’absence de base collective pour revendiquer collectivement – c’est à dire avec un meilleur rapport de force – des droits identiques aux autres pour le même emploi. Chaque entreprise aura ses propres règles et chaque salarié-es des droits différents de tou-tes les autres salarié-es. C’est l’application du fameux renard libre dans un poulailler libre.

Il est probable que les diplômes subsistent sur le papier mais, tel le brevet des collèges, ils n’auront aucune valeur ni scolaire ni sur le marché du travail.

La nature des missions d’éducation change profondément car on passe d’un objectif d’éducation pour tou-tes à l’objectif de l’employabilité pour chacun-e.

– Comme nous l’avions amplement analysé, le cheval de Troie de toute cette logique fut le remplacement de la notion de « savoirs » par celle de « compétences ».

Comme dans bien d’autres domaines, les attaques structurelles actuelles nous obligent à (re)poser des questions de fond qui n’ont plus été travaillées depuis des décennies :

– Comment faire valoir les acquis de l’expérience ?

– Quelle reconnaissance collective des savoirs : sont-ils finaux, quelle partie en formation continue et en formation initiale, anonyme, nationaux ou pas, définis par qui ?

– Quels liens entre la formation initiale et continue, emploi et citoyenneté ?

– Quel place de l’individualité dans le collectif ?

Pascal C

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